Samedi 26 mai 2012
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08:43
Ça s'est imposé. Un pas en avant. La végération de la haie s'efface, le
paysage se découvre. Ce sera donc le cadrage d'été. Il faut si peu pour que la vision du monde se modifie. Un pas en avant, un pas en arrière, deux pas de côté, et l'enclos devient ouverture, la
carte postale touristique laisse la place au carton du sdf, le lépreux d'un mur s'efface devant le sourire d'un gamin. Un pas en avant, un pas en arrière, deux pas de côté. C'est la danse du
photographe qui dit à travers son objectif ce qu'il a envie de dire. Et peut-être demain un autre pas en avant s'imposera-t-il ? Qui sait quel sera le projet du photographe, demain ?
Même pas lui.
Par Claude Burneau
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Vendredi 25 mai 2012
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09:26
Ce matin à la radio, François Morel fait le procès du bonheur, ce faux-jeton qui ne prévient jamais de sa présence, qui se dissimule et dont on se rend compte qu'on
l'a manqué une fois qu'il est parti ailleurs. Il termine par la chanson de Berry
N'ayez pas peur du bonheur (...)
Le trésor n'est pas caché
Il est juste là,
à nos pieds, dévoilé
Il nous ferait presque tomber
C'est comme avancer dans l'herbe haute. Et le photographe des prairies revendique l'appartenance à cet artisanat local que serait le
bonheur.
Par Claude Burneau
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Jeudi 24 mai 2012
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08:07
Sur la colline le vert bat en retraite. On l'a tondu, effacé. On a amendé
le sol, on l'a retourné, malaxé, émietté et le voilà maintenant nu, offert au soleil et aux pluies. Prêt à recevoir la semaille des hommes. À stimuler la grande machinerie de la vie. Germination
pousse et récolte. La végétation tirera de sa substance ce qui lui sera nécessaire pour croître, se reproduire et périr. Il donnera ce qu'il pourra. Prêtera plutôt car il sait que tout
lui revient. De terre à vert, de vert à jaune, de jaune à gris.Dans quelques mois il sera terre à nouveau. Prêt. Offert. Pour peu qu'on prenne soin de sa préservation, qu'on veille
à ne pas l'épuiser.
Par Claude Burneau
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Mercredi 23 mai 2012
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08:07
Le matin de la perdrix. Pour vous ce ne sont que quelques pixels un peu
flous. Pour moi ce fut d'abord un friselis dissimulé de l'autre côté de la haie. Une approche qui se voulait discrète, comme peut l'être celle d'un humain. Une découverte mutuelle, dans une
fraction de seconde d'immobilité partagée, le temps de la reconnaissance. Quel fut le plus étonné des deux ? s'interrogeait Nougaro. Le plus méfiant, ce fut l'animal. L'envol de la
perdrix est unique, cette trajectoire tendue, à quelques dizaines de centimètres du sol, dans un froissement de sons. Cette affolement du mouvement dans la rectitude d'une
trajectoire. Le photographe sait la fugacité de l'instant. Quant à la rectitude de la prise de vue... Le photographe a beaucoup à apprendre de l'animal.
Par Claude Burneau
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Mardi 22 mai 2012
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07:52
Enfin un matin de lumière. Les anciens rappelleront que la lune rousse s'est
achevée dimanche et que la voie est donc maintenant ouverte à l'été. Intense activité sur les collines. Les automobilistes vicinaux en savent quelque chose : les charrois de fumier laissent des
traces. On va vite enfouir pour les semis à venir. Le foin a été emballé de plastique. Il y a quelques années le blanc et le noir dominaient, on est maintenant passé au vert. Avec les changements
politiques, verra-t-on bientôt des bottes roses (rouges) ponctuer le paysage ? Et un land-artiste imaginera-t-il exercer son art sur ce support offert gratuitement au regard du public ? En
ces contrées habitées par le passage de Gargantua, est-il décent d'exposer ainsi aux regards innocents ces amoncellements de préservatifs de géant, tout en faisant semblant de leur trouver
une utilité agricole ?
Par Claude Burneau
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